vivification hallucinatoire des représentations de mot

Les idées formulées ici par Freud sont complexes. Essayons d’y aller pas à pas.

Si les “[« Lettre 52 »/représentations de mot|représentations de mot]” font l’objet d’une vivification hallucinatoire, c’est qu’elles sont elles aussi des images mnésiques. Le mots on dû être entendus, donc perçus, et avoir donné lieu à un engramme (inscription). Mais cet engramme est un peu spécial en ce qu’il constitue une image motrice. Un mot endente, en effet, n’est enregistré qu’après avoir été reproduit, ne serait-ce que virtuellement, en tant qu’acte moteur de phonation.

Par ailleurs, s’ils peuvent donner lieu à une réactivation hallucinatoire, c’est bien parce que ce sont des... présentations et non déjà des représentations. Dans le processus hallucinatoire, en effet, ce qui est halluciné repasse par les canaux de la perception, comme Freud le souligne à la fin du même paragraphe. Or, par définition, ce qui est perçu n’est pas encore une représentation, c’est un percept. Il ne s’agit pas ici d’une simple question de mots (!). Cela a une portée clinique assez significative.

Il ne fait pas de doute que nous avons affaire ici à quelque chose de très complexe, mais notons que Freud parle de “conscience de pensée secondaire”, ce qui laisse entendre qu’il y aurait une conscience primaire. Cela semble nécessaire en effet puisque le nourrisson perçoit certainement les sons des paroles d’adultes, mais ne saurait les reproduire en tant que tels avant un long moment (18 à 24 mois). Or il est difficile de nier qu’il semble néanmoins doté de conscience.

La vivification hallucinatoire signifie un investissement accru de la présentation de mot pour rendre cette dernière aussi convaincante que la perception elle-même. Mais cette fois, la perception est tournée vers l’intérieur: la conscience “hallucine”  les traces sensorielles sonores (conscience primaire) mais aussi, plus tard sans doute, les traces motrices verbales liées à la “conscience de pensée secondaire” (n’oublions pas que la parole est affaire de motricité et que la pensée a toujours été pour Freud une action expérimentale). La vivification hallucinatoire des présentations de mot est donc quelque chose de passif au début, mais plus tard d’actif, du moins en partie.

On peut donc imaginer des situations cliniques où les présentations de mot peuvent être là, mais non investies dans leur aspect moteur au point de pouvoir se substituer à la chose et donner lieu à la pensée  consciente de la chose. C’est le cas, je crois, dans la psychologie de masse où le manque d’imagination et d’engagement actif dans l’action de penser par soi-même, de manière critique, fait préférer les slogans à une pensée vraiment assumée personnellement. Le langage est alors de type “opératoire”; les masses subjuguées par la pensée toute faite du meneur “hallucinent”, pourrait-on dire, une pseudo-pensée, ce qui rend celle-ci difficile à déloger.

Dans un autre ordre d’idées, il est des plus intéressants – et peut sembler contradictoire – que la pensée secondaire découlerait selon Freud d’une activation de type hallucinatoire! Cela remet met sur un continuum les processus primaires et secondaires , dans le sens de ce que disait Aulagnier, que le secondaire est un décalque du primaire. L’hallucinatoire dans ce cas est tout de même mitigé par l’investissement de l’aspect moteur qui se traduit parla mise en scène fantasmatique; celle-ci organise les choses en fonction du désir de quelqu’un, par contraste avec l’hallucination vraie qui découlerait directement de l’originaire sans médiation par le fantasme, et qui est l’œuvre de “personne” (même, si dans un deuxième temps, le sujet délirant finit par l’attribuer à quelqu’un).

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